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Education thérapeutique du patient (ETP) : une réponse à la pénurie du personnel soignant ?

Le contexte socio-sanitaire de ces dernières décennies est décrit par des études épidémiologiques comme étant marqué :

D’une part, par un vieillissement de la population, un allongement de l’espérance de vie. 

En 2023, l’espérance de vie à la naissance était de 82,3 ans en Belgique (Stabel, 2024).

D’autre part, par un accroissement du nombre des maladies chroniques. En 2020, la prévalence était de 24,8% en Belgique, selon l’observatoire des maladies chronique de l’INAMI (2024).

Comme l’explique l’observatoire belge des maladies chroniques de l’INAMI (2024) :

« Les maladies chroniques sont dues à des causes multiples et sont difficiles ou même impossibles à guérir. Cela nécessite souvent des soins complexes et multidisciplinaires. Elles sont aussi associées à d’importantes dépenses de santé, tant pour le patient que pour l’assurance maladie et pour la société dans son ensemble ».

On s’aperçoit bien que les besoins de soins augmentent, mais dans le même temps un constat récurrent est exprimé : un déficit du personnel dans différents secteurs de soins.

Le 12 mai 2024, à l’occasion de la Journée internationale de l’infirmière, Jacinthe Dancot (ULiège) et Arnaud Bruyneel ((ULB), expliquent qu’avec plus de 223 000 infirmiers diplômés, il n’y a pas de pénurie de personnel infirmier en Belgique, en tant que telle. Pour ces auteurs, la pénurie se concentre plutôt sur les infirmiers actifs dans le secteur de santé : 60% des infirmiers diplômés seulement. Et d’ajouter, ils mentionnent que :

  • « La pénurie infirmière entraîne déjà des fermetures de lits hospitaliers, et les besoins en soins infirmiers seront encore plus importants à l’avenir ».
  • « Ces besoins futurs en soins peuvent être influencés par des mesures de santé publique, telles que la diminution des maladies chroniques, notamment en renforçant la prévention et la promotion de la santé – également un rôle important des infirmiers… ».

On assiste véritablement à un phénomène important qui confronte, d’une part, des besoins de malades (soins efficaces), et d’autre part des enjeux de société (qualité de vie, moindre coût de santé). Une équation qui interroge et nécessite une solution, un équilibre.

Une question simple : de quelle manière prendre soin de tous ces malades chroniques ?

L’éducation thérapeutique du patient (ETP) s’avère être une vraie stratégie pour faire face à un tel phénomène.  Nous nous accordons avec JF d’Ivernois & R Gagnayre (2018) qui soutiennent l’idée qu’il y a lieu d’opérer un changement dans le système des soins. Comme ces auteurs, nous pensons que l’ETP ne manque pas de pertinence, lorsqu’on conçoit que :

  • Vivre plus longtemps (parfois avec une maladie) implique des soins à réaliser, pourquoi pas, par la personne elle-même.
  • Une délégation de compétences fait sens, car une prise en charge individuelle de tous les instants, par les soignants est impossible au regard du nombre croissant des malades chroniques. 
  • Il y a lieu de reconnaître à chaque individu, dans sa singularité, des droits, des compétences, des capacités de décisions.
  • La « Santé » est un « bien » complexe pour lequel les patients considèrent détenir désormais des choix thérapeutiques, en tant qu’acteurs de leur santé.

Partageant ces avis de JF d’Ivernois & R Gagnayre (2018) nous considérons également, comme eux, que l’éducation thérapeutique du patient (ETP) « s’affirme d’abord comme une nécessité épidémiologique, thérapeutique, économique mais également éthique, dans le but de donner au patient tous les moyens cognitifs, motivationnels et techniques d’une cogestion de sa maladie. »

Il est à noter que l’ETP s’inscrit dans les soins. Et, qu’elle est un « soin » en soi.

Offrir de l’ETP aux malades chroniques, c’est prendre soin d’eux autrement. Au-delà des soins purement techniques, il s’agit d’une démarche pédagogique qui consiste à faire acquérir aux patients des connaissances et des compétences en vue d’une meilleure autogestion de leurs maladies.

ETP : est-ce un objet de satisfaction ?

A titre d’exemple, dans un article[1], Cyril Crozet, Vincent Van Bockstael, Jean-François d’Ivernois (2010, p164-171), relatent une expérience de l’ETP proposée par la Mutualité Sociale Agricole (MSA) à ses affiliés en Affection de Longue Durée (ALD) atteints de maladies cardio-vasculaires de 2004 à 2005 dans 9 régions de France.  Il ressort de cette expérience une grande satisfaction tant chez les patients que chez les médecins.

Les auteurs ci-dessus (Cyril Crozet & al, 2010) annoncent que : « La satisfaction des patients vis-à-vis de l’ETP est très élevée : pour toutes les dimensions explorées, elle est supérieure à 90 %. ». Quand on leur pose la question : « Souhaiteriez-vous participer à d’autres séances d’éducation ? », 93 % des patients répondent oui et 98 % d’entre eux considèrent que la MSA devrait proposer cette expérience d’éducation à d’autres patients. »

Ces mêmes auteurs identifient que chez les médecins : « ils sont 70 % à estimer qu’après l’éducation, leurs patients ont augmenté leur confiance dans la gestion de leur maladie […] et 85 % estiment que grâce à cette éducation, ils collaboreront mieux avec eux. Pour 8ı % d’entre eux, l’expérience menée par la MSA est utile et il est souhaitable de la continuer (83 %). »

Quid des impacts de l’ETP sur la pénurie du personnel ?

Mettre en place de l’ETP représente un investissement, certes.

Cependant, force est de constater que là où l’ETP se pratique, elle a des impacts positifs qui peuvent se traduire sur le plan clinique (diminution des rechutes, des ré-hospitalisations), l’observance thérapeutique, la relation thérapeutique de confiance, la qualité de vie, etc.

Ces impacts sont pertinents au regard de la pénurie ambiante qui touche les effectifs des soignants, avec pour corollaire une importante charge de travail. Rappelons que l’ETP a pour but d’augmenter chez le patient les connaissances et les compétences nécessaires à sa propre prise en charge. Ce qui le préserve d’éventuelles complications et améliore sa qualité de vie avec la maladie.  Dès lors, nous pensons que si le taux de rechutes et de ré-hospitalisations des malades chroniques diminue, par effet de domino, des conséquences tangibles sont susceptibles d’être observées à terme :  une moindre sollicitation des interventions d’un soignant par le patient chronique ; un allégement de la charge du travail des équipes en sous-effectif ; une capitalisation du temps dégagé qui serait davantage allouer à la prise en charge des autres types de malades. Dans la conjoncture socio-sanitaire actuelle, il est difficile de concevoir que les soins aux malades chroniques assurés par seuls les soignants. Il conviendrait d’admettre que les patients soient responsabilisés, qu’une part des soins leur soient déléguées.  

ETP : quelle plus-value ?

A travers les expériences les patients témoignent d’un vécu relationnel valorisant et enrichissant dans le cadre de l’ETP.  De notre point de vue, cela peut « booster » l’attractivité vers des équipes qui pratiquent l’ETP. Une pratique novatrice qui en contrepartie ouvre des perspectives en renforçant chez les soignants : le sentiment de reconnaissance, la perception du « sens » de leur profession, la cohérence avec les valeurs humaines du métier et le plaisir au travail.


Bibliographie

Dancot, J., Bruyneel, A. (2024).  Pénurie infirmière, une bombe à retardement pour le système de santé.

https://www.lespecialiste.be/fr/debats/penurie-infirmiere-une-bombe-a-retardement-pour-le-systeme-de-sante.html Consulté 18/10/2024

Ivernois (d’) JF, Gagnayre R (2018). Apprendre à éduquer le patient, approche pédagogique : l’école de Bobigny (5è éd). Maloine

Jérôme Foucaud, Jacques A. Bury, Maryvette Balcou-Debussche, Chantal Eymard (Dir.).

Éducation thérapeutique du patient. Modèles, pratiques et évaluation. INPES. INPES,

http://www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1302.pdf, 2010, Savoirs en action, Foucaud J.,

Bury J.A., Balcou-Debussche M., Eymard C. hal-01153721

Observatoire belge des maladies chroniques de l’INAMI. (2024). Soins aux personnes vivant avec une maladie chronique. ​ Vers une Belgique en bonne santé. ​

https://www.belgiqueenbonnesante.be/

Consulté le 18/10/2024


[1] Cet article est à retrouver dans l’ouvrage de : Jérôme Foucaud, Jacques A. Bury, Maryvette Balcou-Debussche, Chantal Eymard (Dir.). Éducation thérapeutique du patient. Modèles, pratiques et évaluation. INPES. INPES, http://www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1302.pdf, 2010, Savoirs en action, Foucaud J.,Bury J.A., Balcou-Debussche M., Eymard C. hal-01153721

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